Pour cette première rencontre 2026, les jeunes Passeurs ont accueilli samedi 24 janvier, au Capitole d’alès, le photographe, ancien journaliste pour le journal Alès Agglo, Fabrice Jurquet. L’interview a été mené par Jules Pocci, élève de première au lycée Jacques-Prévert. Jules a conduit son entretien à la façon d’un questionnaire proustien pour mieux connaitre son invité.
Qui êtes-vous ?

Je suis natif de Nîmes mais je vis et travaille à Alès. Ma passion pour la photographie est venue très tôt en sillonnant les expositions de la région en famille et grâce au studio photo familial. J’ai été amené à emprunter des chemins polymorphes en passant par les secteurs du spectacle vivant, le webdesign pour poursuivre dans le graphisme. Après un Bac A3 (arts plastiques), j’ai d’abord suivi les cours du soir des Beaux-Arts pour finalement me diriger vers l’Université Paul Valéry où j’ai suivi un double cursus L3 en cinéma et Arts Plastiques. Devenu journaliste territorial, mon terrain de prédilection est l’étude de la transformation du paysage et de l’environnement façonnés par les changements climatiques et les activités humaines.
Comment concevez-vous votre travail ?
Mon travail est à la croisée des chemins : celui de la création et celui du documentaire. Essentiellement tourné vers le territoire cévenol, il interroge les enjeux sociaux, environnementaux et politiques auxquels le pays cévenol est confronté. Je travaille essentiellement seul. En effet, il s’agit d’une activité solitaire durant laquelle je parcours le territoire pour mesurer les effets de l’empreinte humaine plus prompte à « abîmer » qu’à réhabiliter. Mes principaux projets sont :
- Stigmates, sur l’ancienne mine de plomb de Carnoulès, à Saint-Sébastien-d’Aigrefeuille
- Comme une romanité du futur, autour des Inondations de 1988, à Nîmes
- Ephémère, dans le cimetière protestant de Nîmes
- Entre les Blocs, dans l’ancienne carrière de Barutel, à Nîmes
Que cherchez-vous à montrer, à transmettre aux futures générations ?
Mon projet n’est pas tant de dénoncer que conduire à la réflexion. Je soulève des questions plus que je n’apporte de réponses. Les paysages que je visite -quelquefois jusqu’à 30 déplacements sur un site pour 4 ans de travail – sont abîmés, pollués, bétonnés et abandonnés par l’homme. Ce que je remets en question dans mon travail, c’est la gestion du patrimoine géographique devenu enjeu social et politique. Notre riche passé industriel avec la mine de plomb de Carnoulès et le bassin minier d’Alès, a été renié sans réflexion sur les cicatrices qui lézardent le paysage et cela nous a conduits un peu plus à l’abandon de notre souveraineté énergétique.
Comment voyez-vous votre rôle en tant qu’artiste ?
Il s’agit d’un travail philosophique sur la place de l’homme dans le territoire. Il est vital de faire de la prévention pour le futur. Il faut questionner notre mode de vie : comment consommons-nous ? Comment vivons-nous ? Dans Stigmates, j’interroge le paysage abandonné par l’homme. Dans Ephémère, c’est encore l’absence de l’homme qui m’amène cette fois à poser la question de la dualité de notre monde entre la poésie du vivant, la nature qui reprend possession du territoire et l’homme qui lui a cédé son territoire en disparaissant.
Pourquoi avoir choisi de faire des photos en noir et blanc ?
J’ai choisi le noir et blanc pour préserver la neutralité du message. Il s’agit de ma liberté de photographe mais aussi de la liberté de celui qui regarde, d’imaginer au-delà de ce qu’il voit.
Quels liens voyez-vous entre votre travail et le thème du festival « Difficiles Libertés » ?
Il faut alerter sur un risque majeur avec l’apparition des nouvelles technologies. L’IA est une menace réelle qui pèse sur notre travail. C’est un outil fabuleux à condition qu’elle ne s’empare pas de nos cerveaux ! L’image est une transmission du réel, du vivant et ne saurait être une manipulation. Céder le terrain, cela signifie remettre notre réflexion entre les mains d’une bulle numérique qui signifie perte de contrôle, appauvrissement de notre intelligence et problème démocratique mais aussi problèmes environnementaux car l’IA est gourmande de nos ressources naturelles comme l’eau.
Pour terminer notre interview, pouvez-vous nous dire si vous êtes libre du choix de vos sujets en tant que journaliste ?
Les contraintes existent partout, il y a en effet des lignes éditoriales à respecter mais une fois qu’on suit les quelques règles limitatives, on choisit le sujet qu’on veut traiter.
Pour en savoir plus sur Fabrice
Visitez le site web de Fabrice Jurquet, qui est aussi vice-président de Negpos, centre d’art et de la photographie de Nîmes.
Il est aussi membre de l’agence Hans Lucas pour la diffusion de ses images dans la presse nationale et internationale.
